Transformation digitale : vous n’avez pas oublié quelque chose ?

LES ECHOS Cyril Zimmermann / PDG d’Adux et président de l’ACSEL

Pourquoi cette question au moment où j’allais rebondir vers le reste de ma journée ? Ai-je oublié de dire merci ? De payer l’addition ? Ou encore laissé trainer mon écharpe sur le dossier du fauteuil du café que je m’apprêtais à quitter ? Non, ce n’était pas au client désinvolte que cette voix s’adressait. D’ailleurs, elle n’existait que dans ma tête… pour l’instant.

 
Cette question intérieure était pour l’entrepreneur, start-up grown-up, qui s’est passionné pour la transformation de l’économie à l’heure des outils numériques et du chamboule-tout industriel des nouvelles technologies. Fintech, objets connectés, nouveaux médias, e-commerce, ed-tech… nous embrassons tout. Mais nous ne parlons que peu de l’impact social de ces transformations digitales et encore moins des transformations sociétales. Un oubli ?

Oui sans aucun doute, mais aussi une priorité assumée à la dynamisation d’une économie nationale et européenne, condition sine qua non d’une richesse et d’un bien-être collectif qui doit permettre que chacun puisse trouver les moyens de vivre et de s’épanouir. Le « vivre ensemble » est plus simple avec moins de chômage et plus de prospérité.

Mais à remettre à plus tard la question sociale de la transformation digitale, nous risquons de laisser se développer des fragilités, des blessures que l’accélération des mutations économiques risque de rendre trop radicales pour qu’il soit ensuite possible d’y remédier.

Quelques faits d’actualités nous rappellent à l’ordre. Lorsque le collège Saint Exupéry à Vincennes ferme ses portes pour éviter d’exposer plus longtemps ses 650 élèves au tétrachloréthylène (puissant cancérigène), l’Éducation nationale a mis en place au débotté une solution de télé-enseignement pour près de 500 élèves de la 5e à la 3e.

Stupeur quand il apparaît que les outils de télé-enseignement proposés par l’État ne sont pas adaptés à l’usage du plus grand nombre (tous basés sur la technologie flash, bannie par les principaux navigateurs internet), et que les collégiens ne savent pas tous, loin de là, utiliser correctement leur ordinateur pour enregistrer des fichiers, les retrouver, ou installer de nouveaux programmes. Ceci alors que le Val-de-Marne offre à tous les élèves un ordinateur à l’entrée en 6e.

Au-delà de leurs plateformes vidéo et réseaux sociaux favoris, les enfants de 12 ans du pourtour parisien ne maitrisent donc pas l’utilisation d’un ordinateur. Pourtant nous étions persuadés que les outils digitaux seraient accessibles à tous et que les futures générations auraient un accès plus égalitaire à l’information et à la culture. Nous nous sommes bercés d’illusions et n’avons pas assez investi dans la transformation de notre enseignement. 

De même, avez-vous déjà assisté ou vu des images des nombreuses réunions de start-up et d’entrepreneurs de l’économie digitale ? Vous avez surement été frappés par la jeunesse du public. Avez-vous également été frappé de la faible féminisation de la population, et de sa très faible diversité ethnique alors que la France compte plus de 51 % de femmes, et que notre population n’a jamais été aussi métissée ?

À trop croire que les déséquilibres sociaux et culturels de notre pays se résoudront par le passage de relais entre une génération de l’écrit aristocratique et celle du digital démocratique, nous nous aveuglons sur ce qui devrait crever les yeux. La transformation numérique a autant de probabilité d’accroître ces déséquilibres que de les résorber. Et à ne rien faire ou à trop se concentrer sur des scénarios futuristes béats d’optimisme ou totalement catastrophistes, il est probable que nous manquons l’essentiel. Avant que notre avenir collectif soit celui des robots et de l’Intelligence Artificielle, il doit se construire avec des hommes et des femmes que la technologie ne fait pas que réunir.

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